Diane T. Tremblay

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De Julio-Paquin, 2006

Turgeon, 2004

Grande, 1998

De Julio-Paquin, 1998

Gélinas, 1987



MATIÈRE ET AUTOBIOGRAPHIE
DIANE T. TREMBLAY
HABITUS

Galerie Espace 5
Du 4 au 27 mai 2006

de Jean De Julio-Paquin

Sous le vocable Habitus, Diane T. Tremblay présente huit oeuvres de grand format axées sur la récupération de matières textiles. Le choix du titre n’est pas fortuit. Avec des productions composées à partir de vêtements personnels recyclés qu’elle découpe, assemble et peint, l’artiste établit au départ une relation intime liée à sa propre expérience. Derrière les morceaux de tissu qui agissent comme soupport pictural, se profile le souvenir d’une vécu temporel et une manière d’être. Les peintures/textiles forment ainsi un écran où le rapport initial au privé se transmue en un miroir social.

En plus de traiter de problématiques purement plastiques, les oeuvres de l’artiste reflètent incontestablement une dimension sociologique. Le terme habitus appartient au départ au domaine de la sociologie. Pierre Bourdieu a développé sa théorie à partir de ce concept. Selon le sociologue, l’habitus comprend tout le bagage social de l’individu. Son identité se définit dans la différence et l’habitus appréhende ces différences des conditions propres à des groupes sociaux. Ces conditions se traduisent par des goûts, des habitudes, des attitudes et des styles de vie différenciés. L’habitus devient donc un élément qui organise la perception du monde social.

En transformant un matériau usuel et quotidien, Diane T. Tremblay investit sa propre identité mais celle-ci manifeste aussi l’expression d’un univers collectif. Le vêtement en tant que signifié se rapporte au corps social. À ce propos, l’artiste postule que par le travestissement de la matière textile, elle traite de l’apparence du monde et évoque l’expérience humaine. Devant les peintures/textiles, le spectateur est confronté à un contexte familier puisque le matériau qui structure la surface à peindre est un référent de son environnement immédiat. Le regardeur explore sa propre vie car l’objet esthétique qui lui est offert traduit une identité culturelle largement connotée et d’essence populaire.

L’oeuvre de Diane T. Tremblay se réfère à l’arte povera par l’emploi de matériaux non nobles mais les multiples influences de sa démarche ne se limitent pas à ce seul mouvement. Nous sommes en présence d’un travail résolument postmoderne où l’éclectisme domine. Ainsi, l’utilisation du procédé du shaped canvas constitue une autre caractéristique. Plusieurs des peintures / textiles ont des contours découpés qui récusent la forme rectangulaire traditionnelle de la peinture. L’artiste étale ses vêtements, les enduit de pigments, les découpe en morceaux puis les configure, entre autres, par un tracé irrégulier. Mais à la différence des artistes qui ont expérimenté le shaped canvas, les oeuvres sont montées et présentées sans cadre ni châssis. Elles épousent la surface du mur ou du sol et composent avec elle une architecture visuelle.

Le mérite de cette exposition réside notamment dans un questionnement sur le rôle et la fonction de la peinture aujourd’hui. Sans équivoque, la réponse de Diane T. Tremblay s’inscrit dans une approche synthétique où les déterminants formels et culturels conditionnent son évolution.

Jean Paquin 

Paru dans la Revue Vie des arts, No. 204, Automne 2006



Chargé de cours au département d’histoire de l’art de l’UQÀM de 1977 à 1985, Jean De Julio-Paquin enseigne au département des arts visuels du Cégep André-Laurendeau depuis 1993. Il est membre du comité de rédaction de la revue Vie des arts et collaborateur à la revue Formes. En 1996, il publie aux Éditions Hurtibise HMH le livre Art, public et société, l’expérience des Maisons de la culture de Montréal. De 1983 à 1988, il a oeuvré à la ville de Montréal à titre de directeur de la Maison de la culture Côte-des-Neiges.


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